D-TONATION, groupe originaire de Lainville, composé de Fuba et Kaynes et créé en 1998. On a déjà sorti un premier album « En attendant… » en 2003 dont deux titres ont été clipé. Depuis cet album on n’a pas arrêté de bosser, on a fait pas mal de scènes, posé sur une multitude de mixtapes (78ème District, La Criz, Hors Pairs, etc…) pour en arriver aujourd’hui, au nouvel album.
« La vérité blesse » c’est deux ans de taf non-stop. On a mit nos tripes dans cet album et il nous représente de A à Z. On a vraiment voulu le rendre éclectique au maximum, tant dans le choix des thèmes, des prods que des invités (de G-Kill à Fredy K en passant par des artistes dancehall comme Babtoopal sound…). Vous pourrez y retrouver 15 titres + 2 bonus track. En tout cas, on prétend pas avoir sorti là le meilleur album de l’histoire du rap français mais on en est fier à 100%, c’est un album Hip-Hop et c’est cet état d’esprit qu’on voudrait amener dans le rap.
En fait, il y a plusieurs raisons qui nous ont poussé à appeler l’album comme ça. Déjà, on voulait rappeler l’essence même du rap qui est quand même de dire des vérités dérangeantes pour une certaine catégorie de personnes, donc forcément blessante. Ensuite, on est toujours resté vrais dans nos sons quitte à pas avoir l’image à la mode, tout en descendant les mecs qui jouent un rôle dans le rap donc pour les concernés, c’est forcément blessant. Enfin, vu qui on est et d’où on vient, le simple fait qu’on prenne le micro peut être blessant pour l’image que certains veulent donner au rap.
4. Comment décririez-vous votre style de rap ?
Déjà, on a deux styles complètement différents. Des points de vue différents. Des personnalités différentes. Donc rien que par ces points là, on ne peut qu’avoir un style de son éclectique. C’est d’ailleurs pour ça que sur tous nos projets, on pose toujours un solo chacun. On garde notre ligne directrice sans suivre le mouvement hardcore du moment, sans vendre de la violence gratuite et du mensonge aux auditeurs.
5. Si vous ne faîtes pas de rap hardcore, pourquoi avoir fait le choix d’une pochette aussi sanglante ?
La pochette représente un micro qui saigne, tous simplement pour montrer que la vérité est dure à accepté, elle est donc blessante. C’est pour cela qu’il y a du sang sur la jaquette, les gens sont naturellement attirés par les images choquantes. De plus, vu qu’on est relativement peu connus, il nous fallait un visuel marquant. Qui dit visuel choquant, ne dit pas forcément rap hardcore.
A la base, le rap est censé délivré un message. Il y a eu une période dans le rap où les sons étaient très revendicateurs (2Bal/2Neg, Ideal J, etc…) aujourd’hui, on a le sentiment que la forme a prit le pas sur le fond et dans cette histoire, le rap a tout à y perdre. C’est clair que notre musique s’est beaucoup démocratisée, ce qui est très positif, mais il faut se méfier du revers de la médaille et ne pas tomber dans le n’importe quoi.
7. Pourquoi avoir choisi autant de concepteur de son pour cet album ?
En fait, on voulait rester sur notre ligne directrice qui est l’éclectisme, donc pour ça il nous fallait des producteurs avec des influences différentes. Par exemple, Sayd des Mureaux (producteurs aussi de sons pour Rohff, Diam’s, Sinik, etc…) nous a fait des sons westside, Hakeem The Dream, une prod. plus sombre pour « Paraît qu’le rap français est dead » (en feat. avec Derka et Stéréo Neg), Ganxtha a amené sa touche, Kanma aussi, il y a même deux sons dancehall. Et évidemment, il nous fallait des prods de Djoudjou car c’est quand même lui le producteur attitré du groupe.
8. Que pensez-vous du rap indé ?
Déjà, ça nous permet d’exister en tant que groupe sans avoir à se plier à des contraintes de majors. Ensuite, ça nous permet d’apprendre à connaître le biz et son fonctionnement. Maintenant, pour ce qui est de l’artistique, il y a un gros potentiel de mecs très talentueux en France, mais le problème c’est qu’il y a un manque d’organisation chez certains indépendants, ce qui est dommage car on pourrait prendre le pas sur les majors. En fait, beaucoup marchent en solo au lieu de monter des structures et de prendre du poids, et c’est pour ça que le rap français commence à stagner et que certains médias sont tout puissants dans notre musique aujourd’hui.
Big up à ceux qui font avancer le rap dans le bon sens, à tous les M.C, D.J, b.boys, graffeurs, et à tous ceux qui ont participé de près ou de loin à la fabrication de l’album.
Interview extraite du magazine "Stand Up" N°5